L' Ordre du Saint Lazare de Jérusalem

Au Moyen-Age les lépreux étaient surnommés "les martyrs du Christ" et la maladie était assimilée à une forme de vie religieuse, de patience dans la souffrance qui sera récompensée dans les cieux.
Il semblerait que le patron de l’Ordre fut bel et bien Lazare de Béthanie : frère de Marie Madeleine et Marthe qui fut donc ressuscité par le Christ. D’après les évangiles apocryphes, suite à leur arrivée dans la ville qui prendra le nom de Saintes-Maries de la Mer, Lazare deviendra le premier évêque de Marseille.
Cet ordre fut créé à Jérusalem entre 1140 et 1145 en vue s'occuper des chevaliers mais aussi des civils atteints de la lèpre et dépendait non pas de l'autorité papale mais de celle du patriarche de Jérusalem. La maladie étant alors incurable, l'ordre se chargeait d'accompagner, d'assister et de servir ces frères malades en assignant, dès 1151, un frère sain pour un frère lépreux (ces frères sains étaient appelés "servientes". On constate également la présence de membres laïques composés de clercs, de « donats » et de frères. De plus, l'ordre faisait aussi appel à des « convers laïques » (des laïques rattachés à l’ordre) qui étaient des membres de la communauté qui ne priaient pas mais qui travaillaient. Le recrutement des membres de l'ordre était en général local.

En 1154 l’ordre commença à s’implanter en Occident grâce à Louis VII qui fit don d’une terre près d’Orléans : Boigny, suivit ensuite des autres pays. En 1199 l’ordre fut officialisé en Occident et l'utilisation de la règle de Saint-Augustin approuvée par Innocent III. Pendant toute l’occupation des francs en Terre Sainte l’ordre reçut de nombreuses donations territoriales et financières, l’aide aux « martyrs du Christ » est alors grandement considérée et tous les papes ont accordé des indulgences aux donateurs, de l’ordre de vingt, quarante, cent jours et même une année entière. De même, les aumônes accordées à l’ordre étaient récompensées par quelques jours d’indulgences. De plus, on à l'exemple de plusieurs donateurs qui en plus de recevoir ces indulgences reçurent le titre de "frère de l'ordre" alors qu'ils n'en faisaient pas partie.
En 1187 la prise de Jérusalem par Sallah-al-Dhîn entraîna une perte d’importance de l’ordre
étant donné que son siège était établit proche de la porte de Saint-Etienne à Jérusalem. Cependant Sallah-al-Dhîn autorisa l'ordre à rester pour continuer son œuvre. Vers 1195 l'ordre semblait déjà mener des actions militaires si l'on en croit un cartulaire. En 1240 le siège de l’ordre fut déplacé de Jérusalem à Acre. En 1244 l’ordre fut enfin officiellement reconnut militaire par le pape.
Le 8 octobre de la même année, sur la plaine située entre Ascalon et Gaza, nommée la Forbie, le chroniqueur Salimbene de Adam explique que « les chevaliers lépreux de la maison de St-Lazare ont tous étés tués ». Une retranscription de ce texte mentionne bien les « milites leprosi » mais aussi des « sani ».

L'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem prit activement part à la croisade menée par Saint Louis. Parmi l’énumération des ordres présents à la bataille de Mansurah, se trouvaient des « frères de Saint-Lazare ». Ainsi, dès 1250 l’ordre est officiellement placé aux côtés des autres ordres militaires. Entre mai 1252 et juin 1253 l’armée de St-Louis s’établit à Jaffa pour en consolider les fortifications, naturellement les ordres y furent présents. Sous les ordres de leur maîtres, les chevaliers de Saint-Lazare n’ occupèrent aucune place précise dans le dispositif défensif et circulaient en toute liberté. Jean de Joinville rapporta également un épisode les concernant.
En 1253 l’ordre envoya une pétition au pape Innocent IV expliquant qu’il avait toujours observé la tradition de désigner un frère lépreux comme maître. Mais tous ceux-ci ayant été récemment tués « dans la lutte pour la foi », il demanda l’autorisation de choisir un frère chevalier sain pour exercer cette charge. Le pape donna son approbation et la fonction des frères sains fut étendue à la « défense de la Sainte Croix ».
En 1254 l’ordre devint indépendant de la juridiction ordinaire, et fut exempté de toutes redevances. Il obtint également d’avoir dans toutes ses possessions (y compris en Europe) sa chapelle et son cimetière. En 1256 Urbain IV concèda à l’ordre le privilège d’exemption à la juridiction ordinaire, plus précisément celle d’Acre, désormais l’ordre ne relevait que de l’autorité apostolique.
Jusque vers 1256 les dénominations utilisées désignaient « l’hôpital » ou la «maison des lépreux de Saint-Lazare de Jérusalem ». Cette année, le pape parla de « couvent de nobles chevaliers et autres, tant sains que lépreux, luttant contre les ennemis de la foi ».

En 1256 pendant la guerre intestine de St Jean d’Acre dite de Saint-Sabas, le maître du Temple Thomas Bérard trouva refuge dans « la maison » des chevaliers de St. Lazare « pour estre loins de la bataille des engins ».
En 1257 le terme de « militia » est ajouté par Alexandre IV.
Les nouveaux statuts militaires apparus entre 1244 et 1256 stipulèrent nettement que les établissements d’occident devaient apporter des ressources pour l’activité militaire. Les frères qui en eurent la responsabilité eurent pour rôle de « protéger les possessions, en deçà et au delà de la mer, au nom de la Sainte Croix ». Les nouveaux frères d’Occident sains durent alors êtres aptes à porter les armes, afin « d’aller lutter au delà de la mer ».
Fonctionnement de l’ordre en Europe :
L’Ordre de Saint Lazare fonctionnait par accumulations de revenus fonciers, mises en place de véritables seigneuries foncières avec les droits seigneuriaux et apport d’assistance. Les terres données étaient échangées afin d’obtenir un regroupement. A part cela, il n’a pas de « style » d’implantation propre, il s’adapte à chaque lieux, contextes etc.
Ce résumé ne présente l'ordre que dans le contexte des croisades mais il continuera d'évoluer perdant son statut militaire et devenant un ordre royal et ne sera officiellement supprimé par le pape qu'en 1603. En 1910 un nouveau pseudo-ordre est créé mais le Vatican, la France et l'Italie le reconnaissent comme abusif.
Rituel d’acceptation d’un frère sain pendant le XIIIème siècle :
Le frère demande à être reçu, à genoux, devant le maître et le chapitre. Pour se prémunir contre toute accusation de simonie, ces derniers doivent faire officiellement reconnaître au candidat qu’il est franc et libre, qu’il n’est ni marié ni endetté, et qu’il ne relève d’aucun autre ordre religieux. Le candidat doit également attester qu’il n’est victime d’aucune maladie cachée, faute de quoi il serait chassé. Puis le nouveau frère prononce les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, auxquels est ajouté « le service des malades ». il promet de respecter la règle de Saint-Augustin, faisant serment sur l’Evangile d’observer la discipline. Enfin, ayant reçu l’eucharistie et la bénédiction de la part du chapelain, il est reconnu comme nouveau membre de la communauté.

La croix de l'ordre semble être indistinctement restée latine, grecque, ou grecque pattée pendant le moyen âge.